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Il a déjà 29 ans et il faut continuer de croire qu’Ousmane Dembélé a un avenir différent, devant lui, sous le maillot bleu. Soixante sélections, c’est une vie, déjà, mais une vie trop souvent dans la marge des exploits des autres, trop souvent dans la zone grise des promesses qu’il suscite et qu’il tient difficilement, trop souvent éloignée des statistiques qu’il a fini par produire en club.
La carrière internationale de Dembélé continue de susciter l’incompréhension, à la fois en regard de son talent, du nombre de chances qui lui ont été offertes, et du décalage entre le joueur magnifique qu’il est devenu sous le maillot du PSG, Ballon d’Or France Football en septembre dernier, et l’attaquant décisif qu’il peine à devenir en équipe de France (7 buts).
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Bien sûr, il lui serait plus simple de jouer au même poste qu’au PSG, mais il a déjà souffert en bleu en jouant comme en club, par le passé, et de tout temps, il a fallu que de grands joueurs se décalent un peu, en sélection, par rapport à leur utilisation en club. Ce sont d’abord ses statistiques qui entachent sa réputation sous le maillot bleu : trois buts sur ses 20 dernières sélections, c’est évidemment insuffisant, et ses passes décisives n’ont pas été si nombreuses : celle réussie face au Brésil (2-1), le 26 mars, à Boston, venait après une longue série de 25 sélections sans être passeur.
Le problème de Dembélé, en équipe de France, est qu’il existe difficilement cinq matches dont on se souvienne, par-delà le soir de son premier but contre l’Angleterre (3-2), en juin 2017. On a donc plongé dans les archives, et relevé toutes ses notes dans L’Équipe (le critère n’est pas absolu, mais dessine une tendance) lors des phases finales auxquelles il a participé, ainsi que celles obtenues depuis l’Euro 2024. La réalité récente est qu’il a peu joué, depuis l’Euro (9 titularisations sur 21 possibles), avec une moyenne assez faible (4,44), et une bonne soirée, dans le lot, contre la Belgique (2-0, note de 7) en septembre 2024, à Lyon.
Ousmane Dembélé, au duel avec Pape Gueye, mardi contre le Sénégal (3-1). (P. Lahalle/L’Équipe)
En phase finale, sa trace n’est pas considérable, non plus, que ce soit à l’Euro ou en Coupe du monde. Blessé pendant la première phase de l’Euro 2021 et forfait pour le reste de la compétition, il aura été titulaire quatre fois sur cinq matches disputés à l’Euro 2024 dans une équipe offensivement bancale et handicapée, avec une moyenne médiocre (4,2), malgré le penalty provoqué contre la Pologne (1-1) et une belle entrée en jeu en quarts de finale contre le Portugal (0-0, 5-3 aux t.a.b. ; note : 7).
Sa trace en Coupe du monde est contrastée. En 2018, il avait été le joueur immédiatement sacrifié après le premier match contre l’Australie (2-1, note de 3), Didier Deschamps imaginant un autre système, ensuite : il n’avait disputé que deux minutes dans les matches à élimination directe, face à l’Uruguay (2-0, quarts de finale). Il aura eu beaucoup plus d’impact pendant la Coupe du monde 2022, échappant enfin à la concurrence de Kingsley Coman.
Passeur pour Mbappé contre l’Australie (4-1, phase de groupes) et la Pologne (3-1, huitièmes de finale), il s’était ensuite éteint progressivement, avait peiné face au Maroc (2-0) en demi-finales, avant d’être sorti dès la 41e minute de la finale au profit de Randal Kolo Muani. Historiquement, Dembélé n’a donc pas encore trouvé, en bleu, une place à la mesure de son talent, de son statut en club et de son Ballon d’Or. Mais puisqu’il s’est réinventé au PSG à 28 ans, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas le faire en sélection, à 29 ans.
Les Bleus ne peuvent pas ignorer ce qu’est la vie sans Dembélé, au bout d’une saison internationale lancée par sa blessure face à l’Ukraine (2-0, le 5 septembre). S’il s’agissait de sa dernière apparition avec l’équipe de France en 2025, il a pu montrer en 2026 ce qu’il apportait. Le 26 mars, il a brillé contre le Brésil en étant aligné sur le côté droit, avec une liberté qui lui a permis de beaucoup permuter et d’offrir une passe décisive à Mbappé dans la profondeur, un registre qu’il affectionne.
Cette complicité est une promesse qui n’a pas encore produit d’autres statistiques, puisque Dembélé était introuvable dans l’axe contre l’Irlande du Nord (3-1, le 8 juin) et il n’a pas tiré un profit personnel de la seconde période réussie contre le Sénégal, mardi, arrêtée pour lui à la 80e minute.
Remplacé par Bradley Barcola qui a marqué dans la foulée (82e), le Ballon d’Or n’est pas sorti satisfait de son match mais pas catastrophé non plus, car il n’a pas le sentiment d’avoir raté son entrée dans la compétition. Il faut dire que son petit bilan aurait pu être différent si Mbappé n’avait pas manqué son contrôle à la réception d’une de ses bonnes passes (12e), et Deschamps n’a pas de raisons immédiates d’ébrécher son statut : avec Dembélé, le sélectionneur sait qu’il gagne un acteur offensif prêt à faire les efforts ingrats, à être remplacé sans état d’âme, à endosser différents rôles sans revendiquer une position particulière, et le débat sur le positionnement plus axial d’Olise ne suscite donc pas de crispation.
Quelle que soit sa place sur le terrain, Dembélé ne sera de toute façon jamais dans les mêmes conditions qu’au PSG, et sa simple présence a pu également ouvrir des espaces pour les autres après la mi-temps face au Sénégal. S’il voulait toucher au Parisien, Deschamps ne disposerait pas d’une solution évidente, à moins de le suppléer par un milieu pour passer en 4-3-3 : Cherki se destine davantage à l’axe, Maghnes Akliouche part de loin et Barcola est plutôt en balance avec Désiré Doué à gauche.
Ousmane Dembélé, troisième en partant de la droite, à l’entraînement avec les Bleus, jeudi. (P. Lahalle/L’Équipe)
Grâce à ses appels dans la profondeur, Barcola peut d’ailleurs aider Dembélé à mieux se mettre en valeur, même s’il devra toujours partager son influence avec Olise et Mbappé. C’est différent au quotidien, où son rayonnement est plus profond qu’avant, quand il était catalogué comme un amuseur cantonné aux moments légers de la vie du groupe.
Ses réussites parisiennes lui ont donné une autre dimension, plus sérieuse : il continue de rigoler avec Marcus Thuram, Cherki et Mbappé, les accueille dans sa chambre ou va dans celle du Madrilène pour suivre les matches, mais il est désormais capable de faire passer des messages sur l’implication défensive, y compris auprès de son capitaine, et les jeunes le regardent différemment. « C’est le Ballon d’Or bien sûr, avec énormément de qualités, résume Akliouche. Ousmane est une très belle personne que j’apprécie vraiment sur et en dehors du terrain. On est pressés comme vous de voir ce qu’il va faire de bien dans cette Coupe du monde. » Plus vite il y parviendra, plus vite les discussions sur son statut s’éteindront. Mais il n’est déjà pas facile à écarter, sans être une figure inébranlable comme Mbappé.
Le physique, une question centrale
Il y a ce débat autour de la trace laissée depuis une décennie en équipe de France par Dembélé, mais, alors que les Bleus sont lancés dans leur quête de troisième étoile, il y a surtout une question : le Parisien dispose-t-il, en ce printemps-été 2026, des moyens athlétiques pour nourrir cette ambition ?
Deschamps, dans ses interventions médiatiques ces dernières semaines, après avoir systématiquement loué le talent spécial de son numéro 7, a toujours usé de précautions oratoires pour décrire la situation athlétique de l’attaquant : « Ousmane a dû digérer tout ce qu’il a eu, il a été dans la gestion », expliquait le patron au moment de l’annonce de la liste. « Tout dépend de son corps, j’espère que tout se passera bien pour lui, mais, forcément, c’est un joueur qu’on a géré et je continuerai à le gérer », prolongeait Deschamps lors de la préparation (le 7 juin).
Calendrier et résultats du groupe des Bleus à la Coupe du monde
Le staff, très critiqué à l’automne après la blessure du Ballon d’Or (cuisse) face à l’Ukraine en septembre qui avait provoqué un psychodrame avec le PSG, suit avec beaucoup d’attention l’évolution de ses sensations. Une analyse fine basée sur la saison du Parisien. Avec 2 200 minutes jouées avec le PSG (dont 1 000 en L1) et 140 minutes avec les Bleus (il a disputé 3 des 10 derniers matches de l’équipe de France), Dembélé sort d’un exercice singulier.
Très différent du précédent où, avec 3 488 minutes jouées (en 2024-2025), il avait enchaîné les matches et les prestations de haut niveau avec une régularité impressionnante. L’absence de préparation l’été dernier a joué. Et le staff performance du club de la capitale et le staff technique ont toujours travaillé sur une montée en puissance du joueur, au fil du printemps, avec un choix assumé de ne pas l’utiliser (ou en tout cas peu) en Ligue 1. La victoire en Ligue des champions a validé cette décision.
En fin de saison, Dembélé, sans apparaître irrésistible, a donné le sentiment de pouvoir répondre à l’intensité d’une rencontre de très haut niveau. Avec cette idée chez lui – comme il l’a fait à Jean-Bouin face au Paris FC (défaite 1-2, le 17 mai) – d’être à l’écoute de ses douleurs (à l’époque à un mollet) et sensations. Face au Sénégal, l’impression d’un joueur capable de jouer un match de haut niveau s’est accentuée.
Dembélé, sorti à dix minutes du terme de la rencontre, n’a pas souffert physiquement. En privé, le joueur, qui se savait un peu juste athlétiquement pour la finale de la Ligue des champions, se montre très satisfait des séances accumulées à Clairefontaine. Avec cette nécessité chez lui pour parvenir à son niveau athlétique optimal de faire des courses à haute intensité.
« Il a besoin de ça », explique-t-on parmi ses proches. Ce travail de répétition sur des séquences courtes (4 ou 5 minutes) a été effectué. Chez les Bleus, Dembélé garde les mêmes exercices de préactivation qu’au PSG. Il n’est pas aujourd’hui à 100 % de ses capacités athlétiques. Sans doute entre 80 et 90 %. Mais, dans son entourage, on parie sur sa montée en puissance au fil du tournoi. Si son positionnement à droite – comme en seconde période contre le Sénégal – se confirme, sa faculté athlétique à tenir son couloir et à jouer les un-contre-un offensifs sera à observer avec attention.
Les Bleus ont besoin de ses courses défensives et de son panel créatif immense. D’ici aux matches couperets et alors que les rencontres du premier tour sont largement espacées, il a encore une petite quinzaine de jours. Suffisamment pour améliorer sa condition ? Ce sera l’enjeu.
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